Homélie de la messe d'envoi

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    Homélie de la messe d'envoi

L'homélie de la messe d'envoi des volontaires

Tout est une question de culture. On entend souvent ça dans nos conversations. Une manière de se satisfaire de certains stéréotypes et de ne pas trop s’embarrasser avec des questions plus gênantes. Par exemple, on pense que les allemands sont tous organisés et rigides sur le fonctionnement des choses. Les anglais boivent leur thé en levant le petit doigt. J’en sais quelque chose, je viens de passer deux ans en Angleterre. Quant aux africains (parce qu'on ne fait pas de différence entre les pays d'Afrique), ils sont doués pour le marathon…. Bref, la liste est longue de tous les stéréotypes culturels que nous avons et dont nous avons plus ou moins conscience. Mais vous, je sais que vous avez eu une bonne formation et que vous n’êtes pas comme ça ! C'est l'évangile de la paille et de la poutre qui me fait penser à cela. Tous ces préjugés sont autant de pailles qu'on repère facilement dans la culture du voisin et qui cachent peut-être les poutres de notre propre culture. C'est assez facile de se satisfaire de jugements hâtifs. Bien plus, ces jugements et ces stéréotypes obscurcissent notre vue sur notre propre identité. Inutile de vous dire que, dans votre mission, vous allez être confrontés à la différence culturelle. Et vous allez voir des pailles ! Très vite, vous allez soupirer en voyant arriver de la viande bouillie et vous allez rêver d'une bonne entrecôte frites. Ou encore, vous ne pourrez plus voir en peinture le coq du voisin vous réveille à 4h du mat. Mais en perdant un peu ses repères, on en vient plus facilement à réfléchir sur son identité. Nous vivons en société et nous sommes façonnés par les codes du groupe auquel nous appartenons. C’est normal, nous nous définissons par rapport à ceux qui nous entourent. Mais, bien souvent, nous nous regardons nous-mêmes à travers le regard de ce groupe. Qui suis-je dans ce groupe ? Ou pire encore, que suis-je dans ce groupe, devenant un objet plutôt qu’un sujet. La chance que vous avez, c'est que là où vous irez en mission, vous serez des étrangers. Les gens qui vous accueilleront n’auront pas d’autres idées, hormis le fait que vous êtes étrangers, de qui vous êtes et de quel groupe vous venez. Par conséquent, vous aurez la fabuleuse liberté de leur montrer qui vous êtes vraiment. Plus besoin de vous tracasser de savoir si vous correspondez aux critères d'appartenance du groupe, soyez simplement vous-mêmes ! Osez cette liberté qui vous est offerte ! Car vous pourrez être alors dans la situation que décrit Saint Paul, lui qui était libre à l'égard de tous pour répondre à la nécessité qui s'imposait à lui. Annoncer l’Évangile (1Co 9,16-19). C’est le paradoxe de l’annonce de l’Évangile. D’une part, annoncer l’Évangile, c’est une nécessité. Annoncer l’évangile, c'est entrer en communion avec le Christ, lui qui est l’Évangile en personne, et c'est peut-être le seul désir que nous avons au plus profond de nous-mêmes. Le pape François, dans son exhortation la joie de l’Évangile, nous dit : « Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres. (…) C’est pourquoi, celui qui désire vivre avec dignité et plénitude n’a pas d’autre voie que de reconnaître l’autre et chercher son bien » (EG 9). Mais d’autre part, l’Évangile est la source de la liberté et de la vie, et c’est en l’annonçant qu’on acquiert cette liberté. Comme dit Saint Paul, je me suis fait tout à tous, à cause de l’évangile, pour y avoir part moi aussi (1Co 9,23). Oui, je vous encourage à faire cette expérience de la liberté. Liberté d’être vous-mêmes, liberté de la rencontre vraie avec l’autre. Liberté d’être accueilli. Liberté de servir et de vouloir le bien de l’autre. Parce qu’au cœur de cette liberté et de cette vérité, Dieu est présent. Il saura vous combler de sa joie et de son amour. Frère Jean-Baptiste Régis, OP